François-Michel Debroise est
un auteur et conférencier spécialiste de la mystique catholique Maria
Valtorta, au sujet de laquelle il a publié de nombreux ouvrages et fondé le
site maria-valtorta.org, qui lui est consacré.
Le
document émis par le Dicastère pour la doctrine de la foi (DDF) se présente
comme un communiqué relativement bref "À propos des écrits de
Maria Valtorta". Il se compose de trois parties :
1. d’une
motivation : l’afflux de demandes pour connaître la position de l’Église
sur l’Évangile tel qu’il m’a été révélé et "d'autres publications."
2. d’un exposé de la position : elle est reprise sans changement d’une
ancienne lettre de la conférence des évêques d’Italie à l’éditeur (mai 1992).
3. d’une justification : Dans sa longue tradition, l’Église ne reconnaît
comme normatifs et sûrs que les "Évangiles inspirés" (canoniques).
Ce communiqué a été repris
aussitôt par des médias catholiques titrant presqu’unanimement :
"Les "révélations" de Maria Valtorta ne sont pas surnaturelles." Et
le justifiant pour certains, (mais pas tous), par un long exposé de pièces à
charge. Il s’agirait donc d’un jugement du Dicastère condamnant
définitivement la surnaturalité des écrits de Maria Valtorta, autrement dit
de l’intérêt grandissant que leur accordent ses lecteurs.
Retenir cette hypothèse serait déclarer irrecevable
le texte du Dicastère car il contreviendrait gravement aux Normes
procédurales pour le discernement de phénomènes surnaturels présumés, récemment publiées (17 mai 2024).
Mais c’est, par contre, soulever la question de la pastorale,
et renvoie à la culture des révélations
privées.
La compréhension outrepassée du communiqué
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page.
Retenir ce
communiqué comme l’expression officielle d’une non-surnaturalité des écrits
de Maria Valtorta serait en effet irrecevable, au regard des récentes Normes procédurales. Selon ses
termes :
1. La
hiérarchie ecclésiale n’a plus pour but de se prononcer sur le caractère
surnaturel ou non, mais d’examiner le contenu
de ses phénomènes présumés et d’en délivrer une lecture prudentielle graduée
en six niveaux[3]. Or, ce communiqué ne contient pas
d’interdiction de lecture.
2. Si, exceptionnellement, il était nécessaire de se prononcer sur l’origine
divine d’un phénomène, seule l’initiative du pape pourrait y statuer. Or, rien n’indique une telle initiative ici,
d’autant que sa parution correspond à une hospitalisation prolongée du
Saint-Père et qu’aucun événement exceptionnel n’est mentionné.
3. Le constat de non-surnaturalité (toujours possible par le Dicastère) doit
être fondé sur des faits et des preuves
concrètes et avérées. Or,
aucun fait n’est avancé ici et les
exemples fournis par les normes ne s’appliquent pas au cas de Maria Valtorta.
Il s’agit d’une position
inchangée depuis 33 ans.
4. Aucune enquête, obligatoire et officielle, n’a été menée selon les quatre
critères exigés par les normes procédurales. Selon l’article 10,elles
cherchent à savoir :
a) s'il est possible de discerner dans les phénomènes d'origine surnaturelle
présumée la présence de signes d'une
action divine ;
b) si, dans les éventuels écrits ou messages des personnes impliquées dans
les phénomènes présumés, il n'y a rien
de contraire à la foi et aux bonnes mœurs ;
c) s'il est licite d'en apprécier les
fruits spirituels, ou s'il est nécessaire de les purifier d’éléments
problématiques ou de mettre en garde les fidèles contre les dangers qui en
découlent ;
d) s'il est opportun qu'ils fassent l'objet d'une valorisation pastorale de la part de l'autorité ecclésiastique
compétente."
5. L’enquête doit être confiée à l'Évêque
diocésain en dialogue avec la Conférence épiscopale nationale afin
d'examiner les phénomènes surnaturels présumés survenus sur son territoire et
de formuler un jugement final soumis à l’approbation du Dicastère, y compris
la promotion éventuelle d’un culte ou d’une dévotion qui leur soient liés. Or, l’archevêque de Lucques, évêque diocésain
pour le cas de Maria Valtorta, a interprété ce même avis émis en 1992, comme
un conseil de lecture prudentielle mais non comme une condamnation qui aurait
entraîné l’interdiction de lire. Il n’a, par ailleurs, pas encore remis de
rapport final, encore moins des conclusions pouvant justifier un constat de
non-surnaturalité.
6. Le document du Dicastère se présente comme un simple communiqué sans
référence explicite à une décision datée et sourcée, bien éloigné des notes qui accompagnent habituellement ses décisions ou à des communiqués similaires qui portent tous
la mention officielle "constat de
non supernaturalitate" complètement absente ici.
Une
interprétation tendancieuse
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Commentant
l’expression stricte des faits, certains médias se sont appuyés sur des arguments
à charge reproduits par mimétisme. Par exemple, citer comme référence
théologique l’avis d’un seul théologien sans expérience, sans chaire
d’enseignement et sans publications, tout en omettant les positions de
théologiens reconnus, dotés d’une solide expertise et occupant des
responsabilités dans des universités pontificales, ne peut être considéré
comme une démarche neutre.
Il en va de même pour les sources invoquées. Chacun peut constater que le
communiqué du Dicastère ne fait plus référence à l’Index, aboli en droit et
en conséquence depuis 59 ans. D’autres citations relèvent d’une confusion de
sources, ce qui contribue à entretenir l’ambiguïté.
Cette distinction entre
condamnation et lecture prudentielle est essentielle pour comprendre la
position de l'Église face aux écrits de Maria Valtorta. Une condamnation
formelle aurait une portée dogmatique et disciplinaire claire, interdisant
explicitement aux fidèles de tenir ces écrits pour inspirés d’une quelconque
manière divine. Or, la formulation retenue, tant en 1992 qu’en 2025, exclut
une telle interdiction stricte.
La nuance entre "ne sont pas
d'origine surnaturelle" et "ne
peuvent être considérées comme d'origine surnaturelle" traduit un
choix délibéré de prudence ecclésiale. La première formulation, serait un
jugement sur l’œuvre elle-même. Elle relèverait d’un jugement définitif et
catégorique, tandis que la seconde est un conseil aux lecteurs. Elle laisse
place à une appréciation personnelle
dans le cadre de la doctrine catholique. Cela signifie que, bien que
l’origine divine ne soit pas reconnue officiellement, il n’est pas interdit
de lire ces écrits dans une perspective de méditation ou d’édification
spirituelle, sous réserve d’une interprétation conforme à la foi.
Cette approche prudentielle s'inscrit dans une tradition bien établie,
rappelée notamment par Benoît XIV (Lambertini, 18° siècle) dans son traité de
référence sur les béatifications et canonisations, où il précise que
l'Église, face aux révélations privées, ne
donne qu'une approbation négative, c'est-à-dire qu'elle ne garantit pas leur origine divine,
sans pour autant les rejeter en bloc. Cette prudence a été maintenue à travers les
siècles, depuis les interventions de Pie X sur les phénomènes mystiques
jusqu’à celles de Benoît XVI (Ratzinger) qui, en tant que préfet de la
Congrégation pour la Doctrine de la Foi, soulignait l'importance d'une
distinction claire entre la Révélation publique close avec les apôtres et les
révélations privées, toujours subordonnées à celle-ci.
Ainsi, le fidèle soucieux de respecter l’enseignement de l’Église doit garder
à l’esprit que les écrits de Maria Valtorta, s’ils ne bénéficient d’aucune
reconnaissance officielle de leur caractère surnaturel, ne sont pas pour
autant frappés d’interdiction absolue. C’est précisément cette distinction
qui permet d’envisager leur lecture dans une démarche de discernement
personnel, éclairé par la doctrine catholique et dans un esprit d'obéissance
aux autorités ecclésiales[14].
Les
quatre prises de paroles officielles sur les écrits de Maria Valtorta (1960, 1992,
2021, 2025) ont toutes souligné la popularité grandissante de ces textes. Les
réactions varient de l’hostilité méprisante[15], à l’accueil collaboratif[16], en
passant par une attitude neutre. Le lectorat de Maria Valtorta est désormais
un mouvement repéré et multiforme qui rayonne dans les pays où sont parlées
les 30 langues dans lesquelles ces écrits sont traduits.
Le lectorat francophone est le plus important et le plus actif comme le
soulignait la commission doctrinale en 2021 :
"La
diffusion des écrits de Maria Valtorta s’intensifie depuis deux ans au moins.
On rencontre, en plus des fidèles qui se nourrissent de ces textes, des
prêtres qui répandent ces écrits, des groupes de lecture de Maria Valtorta
dont les activités sont à certains endroits annoncées dans les feuilles
paroissiales. Des associations et des sites internet diffusent à grande
échelle des mails commentant l’évangile du dimanche par des textes de Maria
Valtorta."
Une
estimation empirique évalue le lectorat francophone "engagé" des
écrits de Maria Valtorta entre 50 000 et 80 000 personnes. Ce chiffre peut
sembler modeste ou significatif selon le point de comparaison choisi avec
d’autres mouvements.
Il est à noter que cette expansion, qui se poursuit depuis près de
soixante-dix ans, ne s’explique pas par un soutien
médiatique—bien au contraire, comme en attestent les récents événements—mais
par la force intrinsèque de l’œuvre
elle-même. Cette dynamique invite à un dialogue approfondi entre les
structures ecclésiales et les lecteurs, afin de favoriser une meilleure
compréhension mutuelle. L’enjeu sera pour les uns d’admettre qu’il n’est pas
possible de déroger à une règle générale sur les révélations privées, et pour
les autres d’admettre qu’on peut légitimement avoir la conviction personnelle
d’un don du Ciel authentique.
L’expérience le démontre : les fruits spirituels et pastoraux des écrits de
Maria Valtorta sont tangibles. Ils se traduisent par des vocations, des
conversions et un engagement renouvelé dans l’Église, autant de réalités qui
ne sauraient être attribuées aux seuls talents narratifs de l’auteure.
L’Église catholique en est la principale bénéficiaire. Les lecteurs, loin de
constituer un groupe structuré, y forment un flux constant de fidèles,
certains se sentant appelés à s’engager dans les services d’Église ou dans le
sacerdoce. Ce phénomène, bien que largement constaté depuis des décennies,
demeure encore peu étudié.
Si ces écrits conduisent à l’Évangile et à l’Église aux portes de laquelle
frappe son lectorat, il est essentiel d’en respecter la source sans la
sous-estimer ni chercher à l’étouffer. L’expérience immersive de L’Évangile
tel qu’il m’a été révélé n’annonce pas un autre Évangile, elle y mène.
Loin de le contester, elle en renforce l’authenticité historique—ce qui est
rare. Il ne s’agit pas d’une version romancée, mais d’une illustration d’une
parfaite orthodoxie. Cette œuvre se distingue ainsi de toutes les "vies
de Jésus" par la lecture typologique qu’elle propose, conformément aux
recommandations de Dei Verbum. On y
retrouve, sans contradiction ni omission, les 373 unités narratives des Évangiles
canoniques—appelés par Jésus lui-même "L’Évangile éternel" dans les
dictées à Maria Valtorta—ainsi que des références profondes et vivantes à 87
% des 1 334 chapitres de la Bible catholique, harmonieusement intégrées dans
la beauté du texte. Il s’agit donc d’un véritable pèlerinage
spirituel à travers le temps et l’espace, offrant une rencontre saisissante
avec le Christ vivant et conférant à ces écrits une place unique.
Il n’est donc pas surprenant que des évêques, comme ceux de Chine, aient sollicité
la traduction de cette œuvre pour en faire un outil puissant d’évangélisation.
Les révélations privées
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page.
Les écrits
de Maria Valtorta sont-ils un "évangile apocryphe" comme le
qualifie le communiqué ?
Oui si on se souvient que dans
l’Église catholique, un évangile est qualifié d’apocryphe lorsqu’il ne fait
pas partie du canon des Écritures reconnues comme inspirées par Dieu et
reçues comme règle de foi (Révélation publique).
Non, si on lui donne le sens commun
de faux. Le canon catholique des Écritures intègrent aujourd’hui des livres
considérés comme apocryphes au temps des cathédrales et des monastères. On honore
Ste Anne et St Joachim, inconnus des Évangiles mais que rapporte le Protévangile de Jacques, un apocryphe
du II° siècle. Et les Transitus Mariae
ont longtemps rapporté la "légende" de l’Assomption, inconnue de
l’Évangile, que l’Église n’a reconnu comme dogme de foi qu’au terme de 20
siècles … et d’autant de débats.
La sainte prudence est donc aussi requise dans une lecture trop rapide de
l’information. C’est pourquoi nous croyons à la lecture prudentielle que
recommande l’autorité ecclésiastique. Nous croyons à la conviction que nous a
donné la lecture de cette œuvre si authentiquement inspirée. Nous croyons à
la liberté constitutive des enfants de Dieu défendue déjà par St Paul venant
soumettre à l’Église ses révélations (Galates 2,1-5).
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